Décoration/ Mode

LBC : Define a Lifestyle Lolita

20 Mar 2015

Pour moi un lifestyle poussé à bout est une vie entièrement tournée vers ses passions, avec une volonté de développer sa personne sous le prisme de cette passion dévorante : que cela par l’habillement, les lectures, etc. Il s’agit d’une quête dont les débuts se font sur un terreau culturel commun pour ensuite devenir de plus en plus personnel au fur et à mesure de son évolution.

In my opinion, a strong lifestyle is a life dedicated to your passions and driven by the will to build yourself on this passion (clothing, readings, etc.). It’s some kind of a quest which starts on a common cultural background to become more and more personal when you’re evolving within the lifestyle. 

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Le seul exemple de lifestyle lolita que nous connaissons en Occident est celui de Momoko dans Kamikaze Girl (Shimotsuma Monogatari en japonais) et est celui sur lequel une bonne partie de la communauté s’était basée entre 2000 et 2010 pour définir un lifestyle lolita : l’amour du rococo, une obsession pour le thé et la culture occidentale (musique classique, littérature). Ce modèle s’est néanmoins vu dépassé puis complètement oublié avec l’essor de l’OTT qui n’était pas du tout dans ce genre d’atmosphère. Aujourd’hui cette vision de la lolita est assez désuète, même si le chapeau de Momoko ferait fondre bien des cœurs de classical lolita, et il n’y a pas eu d’autres modèles pour reprendre le flambeau.

The only and most famous lolita lifestyle we know outside Japan is Momoko’s one in Kamikaze Girl (Shimotsuma Monogatari). A lot of the lolitas within the 00’s and beginning of 10’s have build their vision of lolita lifestyle on how Momoko lives : a love for rococo, a tea obsession and totaly fond of occidental culture (classical music, literature). This model has become totally obsolete when OTT starts rising and Momoko has been totally forgotten since. Now this vision of lolita is really outdated, even if Momoko’s hat will be a must buy for a lot of classical lolita now, and we didn’t get any new role model.

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Car oui le problème selon moi est qu’il n’existe pas stricto sensu de lifestyle lolita dans laquelle chaque lolita peut se retrouver comme auparavant puisque c’est une mode quasiment sans culture propre ni scène active : la plupart des figures culturelles lolita des années 1990 et 2000 (Novala Takemoto qui a écrit Kamikaze Girl, Mana et Moi Dix Mois) ont cessé de créer depuis un petit moment sans que personne ne prenne leur relève. Tout ce qui concerne la vie, les goûts des lolitas célèbres comme Misako Aoki ne sont pas accessibles à celles qui ne maîtrisent pas le japonais et très peu diffusé sur la communauté internationale. Il ne reste pour faire la conversation entre lolitas que les derniers imprimés, la carrière de telle modèle ou bien les affres de sa petite communauté. Des choses bien superficielles pour unir réellement un ensemble de gens très différents sous le terme de culture ou même d’un lifestyle commun au contraire des goths ou des punks.

The problem is for me there is no true lolita lifestyle that could fit each lolita as before, because the fashion doesn’t have a proper culture nor an active scene : most of the cultural fathers of lolita from 90’s and 00’s (Novala Takemoto who wrote Kamikaze Girl, Mana and Moi Dix Mois) stopped creating a while ago and nobody has done anything after. All the life and tastes of famous lolitas such as Misako Aoki are not readable by most of lolitas (who aren’t fluent in Japanese) and aren’t translated either as it could be before on the international community. The only lolita topics we have left to chat about are the latest prints, models’ careers or the up and downs of your own community. It is truly superficial things compared to the prolific goth, even punk, cultures and lifestyles.

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Chaque lolita développera donc son propre lifestyle, en accord avec ses goûts en marge du lolita sans que la mode en elle même n’ait une réelle implication (à part peut être pour la décoration d’intérieur). Les différentes publications de livres comme ceux de Misako Aoki ou Midori Fukusawa donnant surtout des conseils de style, coiffure, maquillage et décoration avec quasiment aucun contenu culturel. Après le talk de Babi à La Vie En Rose, l’évidence s’est imposée : le lolita comme pas mal d’autres cultures kawaii est un courant au Japon sans âme ou moteur, ce qui importe c’est avant tout d’être mignonne/bien habillée sans pour autant se préoccuper de ce qu’il y a derrière l’objet ou le symbole arboré. Peut être est il temps pour les lolitas de se séparer du modèle donné par leurs consœurs nippones et de créer leurs propres codes pour se sortir de cette superficialité ?

Each lolita will be build her own lifestyle according to her tastes, which may be not specific to lolita fashion at all even if some exceptions can be made on the interior decoration topic on which Japanese lolitas have been very prolific. Most of the publications made around Misako Aoki and Midori Fukusawa featured a lot of advices around styling, haircuts, make-up and room decoration and almost nothing about cultural topics. After Babi’s talk at La Vie En Rose, it became quite obvious that most of the time Japanese lolita (or other kawaii movements) doesn’t care about giving a soul to their fashion : the most important is to look cute or cool without caring about the history behind the clothe or the worn symbol (like maconic scarves, crosses and other sensitives topics). Maybe it is time now for lolita to break apart their Japanese sisters and build their own codes and culture to break free of all this shallowness?

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To learn more on this topic, you can read the other ‘Lolita Blog Carnival’ members’ articles :
Art du Noir · A Heart’s Sound · Poppy Noir · Under the Parasol

Pictures found on the internet featuring : Shimotsuma Monogatari movie screenshot, Mana official picture, Novala Takemoto official picture, Romapri website (which feature very nice ideas to make lolita rooms according to your substyle using model Midori Fukusawa) and Misako Aoki’s room shared on her Twitter account.

  • Yumi

    C’est vrai que ça peut paraître triste qu’il n’y ait pas de modèle lifestyle lolita mais au final je trouve que c’est un énorme avantage qui permet l’expression réelle de son individualité et créativité (des expressions clés du lolita selon moi) Comme tu peux voir dans mon post sur ce sujet à mon sens il n’y a pas de modèle ou règles lifestyle lolita mais DES lifestyle lolita, c’est une vision personnelle avant tout.

    Si on compare par exemple au goth ou punk dont tu parles, je pense qu’on est pas si loin du fait qu’aujourd’hui le lifestyle est mort dans ces cultures aussi, ou alors entretenu par des utopistes qui se battent pour casser les clichés (moi même je me sens autant lifestyle lolita que gothic mais dans ma vision de cette culture) du coup oui je vais un peu me contredire c’est vrai que c’est dommage qu’il n’y ait pas de réelle culture partagée du lolita mais je pense que ce n’est pas impossible que cela arrive un jour. Et comme tu dis il est temps de s’affranchir du Japon qui pour la mode comme pour la manière de vivre se différence clairement de beaucoup d’autres pays (donc faire tout comme une lolita japonaise à mon sens c’est ridicule si c’est juste pour copier, surtout dans un contexte qui n’a rien à voir, chaque pays sa culture et ses coutumes. Je pense par exemple au fait qu’on entend souvent que les tatouages ne sont pas lifestyle lolita parce qu’on ne voit aucun modèle lolita jap en avoir… alors que moi c’est une de mes passions, et que si les japonaises n’ont pas de tatouage ça n’a rien à voir avec le lolita c’est purement lié à la culture du Japon où les bodmods sont mal vues).. bref je m’égare mais ce sujet me passionne et j’avais hâte de lire ton article !

    Et pour finir je voulais dire que personnellement je trouve Momoko vraiment kitsch et caricaturale et pour moi ce film est quand même bien plus humoristique qu’un exemple à suivre, je crois qu’on est d’accord xD -Désolée du pavé-

    • Oui je suis d’accord avec l’existence de différents lifestyles, mais du coup il devient compliqué de parler au nom d’un groupe et se créer une culture commune en dehors des collections/personnes populaires. Le fait main, la cérémonie du thé, les lectures, etc. ne restent que des goûts très personnels, qui ne regroupent que des petits cercles. On voit de réelles divergences de mode de vie entre courants également.

      C’est vrai qu’on va dans une superficialité et une appropriation en surface de ces cultures alternatives même occidentale, notamment parce que les géants de la mode comme H&M ou F21 les vulgarisent jusqu’à les vider de leurs essences. Il était impensable il y a 10 ans de trouver des shorts imitation cuir noir ou des paires de rangers en dehors des boutiques spécialisées, maintenant ils font pareil à des prix sans concurrence !

      Je pense du coup qu’il y a eu à un moment des valeurs communes au moins au Japon, mais que face à l’explosion du nombres de membres de la communauté et à l’ouverture à un marché plus grand, cette culture très faible s’est retrouvée diluée… Je pense que soit il faut faire le deuil de cette culture, soit tenter de recréer autre chose sur lequel discuter et avancer, j’aimerai beaucoup voir plus d’artistes lolitas développer leur activité (clin d’oeil à Messalyn) vu qu’ils ont maintenant un public potentiel bien plus grand et mondial. Le problème ce sont peut être aussi les conventions actuelles trop tournées sur l’achat et pas assez sur la musique ou les arts graphiques ?

      Mais clairement il existe un trop grand fossé culturel entre Japon et Occident pour que nous puissions avoir la même vision, il n’y a qu’à voir comment les tatouages, couleurs de cheveux fantaisistes et piercings sont acceptés dans la communauté loli occidentale alors que cela reste invisible au Japon !

      Et on est totalement d’accord pour dire que Momoko est le modèle le plus… Marginalisant au monde. Elle n’est clairement pas quelqu’un auquel on puisse s’identifier vraiment !

  • Cybie

    Salut Rehem, ça fait un bail que j’ai pas commenté mais je continue de venir te voir. ^^

    Je suis totalement d’accord avec ta vision actuelle, le lolita « originel » est mort, vive le « new » lolita.
    Comme tu dis il n’y plus vraiment de modèle, si tant est qu’il y en ait jamais eu, la lolita de Takemoto étant caricaturale.
    Je ne sais pas si du côté japonais il n’a jamais été vraiment question d’autre chose qu’une mode « kawaii », à part pour quelques passionnées, comme chez nous finalement ?
    J’avoue ne m’être jamais vraiment penchée sur la question, je reste superficielle même si je crois être lifestyle étant donné que je porte du loli tout le temps, et que ne pas pouvoir le faire me fait sentir autre que moi-même.

    Dans tous les cas, le loli est fait pour être vécu d’abord pour soi.
    Et merci pour ton article et analyse pertinente ! :3

    • Oui je ne suis pas plus malheureuse que ça que Momoko ne soit plus un modèle, ce n’était pas un exemple flatteur comme personnalité pour le lolita ahah! Je pense qu’il doit y avoir des gens pour lequel le lolita est bien plus que juste une chose esthétique qu’il apprécie, des personnes là depuis l’origine ou presque et qui sont moins dans la lumière à présent (je pense au commentaire de Maria Lempicka sur FB).

      De rien, c’est vrai qu’en même temps faute de chose qui nous rassemble vraiment on vit pour soi d’abord (et d’autres pour la gloire mais c’est un autre débat bien vaste lui aussi).

  • messalyn

    Super article plein de bonnes pistes de réflexion comme je les aime, car d’ailleurs, la réflexion, c’est carrément lifestyle ! C’est vrai que ce qu’on peut définir comme style de vie est rarement intuitif, c’est en ça que je suis totalement d’accord sur le fait que cela s’apparente à une quête. Du moment où on réalise que nombre de goûts personnels semblent trop bien s’accorder entre eux, ou que d’autres humains suivent également la même piste, on ne peut qu’identifier le dénominateur commun. Et au mieux on sait nommer les choses, au mieux on les trouve par la suite. A partir de là je trouve que ça serait inutile de se prétendre lolita pour renier ces inspirations communes qui en ont fait un mouvement, d’autant qu’il faut quand même apprécier la porte de sortie qu’offre le Lolita à ses adeptes, cette grande porte ouverte sur le tout et le n’importe quoi qui fait le sel de la culture japonaise. Et ce même si cette indifférence aux connotations des choses, et ce papillonnage entre de véritables cultures peut être décevant par moment.

    Quant aux idoles officielles c’est vrai qu’on en a peu et qu’elles sont plutôt là pour faire rire. Comment ça je ne devrais pas ? XD Reste que comme beaucoup quelques lolitas m’auront marquée et à plus forte raison si ce sont des lolitas que je ne connais pas du tout personnellement. Par contre à l’inverse la people-isation de certaines lolitas parmi les gens qui les côtoient me met un peu mal à l’aise sur le principe, idem avec les fanarts d’autres gens ou les attitudes de fangirl envers les gens qui « sont » et non qui « font ». Je me souviens avoir beaucoup pensé à ça il y a 4 ans quand j’ai sauté sur l’occasion de rencontrer et accompagner une lolita connue de passage à Paris. Avoir eu très envie que cela se déroule à égalité, avoir apprécié n’être qu’une péonne et que cela ne puisse plus être récupéré par des individus voulant profiter de la lumière. Mais d’un autre côté, j’apprécie aussi ces « idoles » pour le divorce d’avec des japonaises qui ne me paraissent plus à la hauteur de leurs aînées.

    • Les idoles officielles sont en effet des caricatures, comme Momoko, ou au mieux des personnages très théâtraux auxquels on ne peut que difficilement se rattacher ou se sentir proche. Le lifestyle est toujours un sujet qui m’a chatouillé parce que comme souvent dans le lolita c’était pour faire un schisme entre deux groupes et ainsi stigmatiser le deuxième.

      Comme toi, je suis toujours un peu mal à l’aise et triste de cette starification de certaines lolitas : je me dis que cela doit bien être inconfortable comme situation pour la personne vu que toutes les autres deviennent intéressées pour se placer elles aussi dans le bon rayon de lumière. Je trouve que cela ôte de la candeur et de la simplicité, rencontrer quelqu’un est justement pour se rapprocher de lui et non pas le placer sur un piédestal ?

      Néanmoins je trouve plus d’inspiration dans le lolita côté Occident qu’Orient ces derniers temps (hormis quelques vieux snaps) je suis en réelle recherche de simplicité !

  • Aéria

    Très bon article, vraiment , je n’avais jamais songé au fait qu’au Japon, les courants n’avaient pas d’âmes, ou du moins peu… (J’ai eu peur, j’ai cru que c’étais une photo de Mana sans maquillage ^^’, nan nan c’est Novala Takemoto ! ouf, le mythe ne s’est pas éffondré ! ) Personelement , j’affectionne l’univers d’Ali project et d’Arika Takarano le coté excentrique du Loli me plait beaucoup…!

    • Mana sans maquillage, je tremble ! Ali Project a vraiment un univers très fort, je ne sais pas si tu as vu des photos du magazine Lolicate ? Elle fait partie de l’équipe rédactionnelle et je trouve qu’on retrouve bien sa patte artistique justement !

      Cette superficialité dans l’approche se ressent dans tellement de modes différentes en ce moment, je pense notamment à cette collection H&M montée autour de faux groupes de métal ou à Zara et son pull enfant avec une étoile de David qu’on ne peut pas totalement l’imputer aux Japonais. Mais voir ceci dans un courant alternatif, je trouve toujours ça plus abberrant que dans une mode qui ne se réfléchis pas. On sent bien que c’est devenu avant tout une histoire de gros sous.